Texte libre

Le Libre Pluriel, revue politique et culturelle, vous remercie de votre visite sur son blog.

Vous y retrouverez tous les articles des publications papier et plus encore.

Un seul mot d'ordre : pluralisme et liberté d'expression.

Soyez libres et pluriels : n'hésitez pas à déposer vos commentaires et objections, le débat reste ouvert !

Bonne visite.


FEVRIER 2009 :

APRES UNE PAUSE EDITORIALE DE PREQUE DEUX ANS, L'EQUIPE DU LIBRE PLURIEL REMET LE COUVERT TRES PROCHAINEMENT...

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Vendredi 13 mars 2009 5 13 /03 /Mars /2009 17:18
         Après les lénifiantes jérémiades commémoratives du quarantième anniversaire de la simili-révolution bourgeoise du joli mois de mai – ayant occulté, du moins médiatiquement, le cinquantenaire de feu la République Gaullienne ; après la résonance bizarroïde prise par le fameux « jouissez sans entrave » en cette période de dénonciation cacophonique du consumérisme libéral-libertaire ; après la bedaine de l’ami Dany le rouge-jaune-vert exposée sur tous les plateaux de télévision, chaque semaine, pour dresser un bilan doux-amer du « Mouvement » qui fit trembler la future Pompidolie et déchaussa quelques pavés parisiens... Bref, après cette kermesse finalement assez ennuyeuse, qui dura toute une année, à quoi donc allait pouvoir ressembler 2009 ? Une fois rendu l’hommage boursouflé à la jeunesse des années 60, l’actuelle, la nouvelle génération allait-elle nous prouver sa propre fraîcheur, faire un tantinet vibrer sa fibre révolutionnaire, déployer une quelconque énergie richterienne ? Écoutant les vétérans regretter la tiédeur de l’époque, l’esprit chagrin qui rédige ces quelques lignes avait eu l’outrecuidance d’en douter.

Et pourtant, l’an 2000-neuf laisse déjà s’échapper d’enivrants parfums de candeur juvénile, de pureté retrouvée, d’originalité gratuite, de romantisme bénévole ; aussi crispés soient les traders en slip, aussi moroses soient les présentateurs de JT, aussi dégoulinants de désespoir soient les expertologues, l’air du temps est à la fougue adolescente, qu’on se le dise ! L’Homo festivus de Muray se doit d’être, avant tout, un Juvenis Festivus ! Sortez les cotillons, envoyez la musique et allons-y casquette ! Pour s’assurer du succès de la fiesta, les anciens donnent le la (ou la le pour faire plaisir aux féministes) et reverdissent leur image, leurs idées, leur mode de vie, envoient valdinguer les vieux carcans... Virage et lifting deviennent leurs maîtres-mots[1] !

Dans tels partis politiques, la montée d’une forte femme, fille de son père, Mar(t)ine, loin de faire l’unanimité, provoque à nouveau des séditions, encourage les rancœurs ; tel vieux trotsko-sagouin fait toiletter sa SARL par son ex-gendre, fidèle au (à la) poste, en dégotant un acronyme qui rappelle étrangement celui d’une émission de chaîne cryptée qualifiée de « culte » par ses anciens animateurs non reclassés ; tel vieux détaillant chroniquement perplexe déclare croire aux chambres-à-Gaza, versant un pleur (d’un seul œil) sur l’horreur d’une certaine colonisation ; encouragé par un plénipotentiaire de plus de cinquante ans qui arbore à son poignet la preuve ultime de sa réussite, tel candidat francilien révèle sa face cachée, calculant que même électoralement, un homme inverti en vaut deux ; tels universitaires à lunettes d’écaille, vestons grisâtres et nœud-papillons élimés prononcent des slogans dans les rues du Quartier Latin... Bref, avec autant d’exemples venant d’en-haut, les jeunes – qui, eux, ne souffrent pas d’arthrose – seraient fautifs de ne point se bouger le séant !


         Aussi, un jeune homme d’à peine 46 ans, au doux prénom biblique, ose-t-il s’avancer sur la piste de danse et entamer trois pas de biguine : le sieur Domota se présente comme un prophète idéal pour foutre la Sainte Merde, secouer le cocotier pour qu’en tombent des békés, fruits très pâles bien que trop mûrs, citrons que l’on a fini de presser et qui en deviennent amers, empêchant ainsi de jeunes et juteux fruits tropicaux, à la peau foncée, à la chair meurtrie, de se développer... Salauds de békés ! La crise, c’est de leur faute à eux ! Le complot béké mondial, mais oui ! bien sûr ! On n’y avait pas pensé ! Vite, vite, dans cet élan d’enthousiasme, n’omettons pas de faire circuler ces « Protocoles des Sages de Pointe-à-Pitre », preuve irréfutable de l’imputabilité de la mouise des Antilles aux Békés conspirateurs ! Elie Domota, dit « El Capé »[2], organise la teuf du siècle, un mardi gras géant, cinq semaines de joyeuse branlette – à un drame près[3], bloquant tout un département pour la beauté du geste, surprise-party immortalisée par les caméras d’envoyés très spéciaux qui, entre deux rasades de rhum, accréditent la thèse selon laquelle un complot békéo-maçonnique spolie les autochtones depuis des décennies... Que les békés soient eux aussi des autochtones importe peu, c’est un... point de détail de l’histoire de la Guadeloupe. Le succès est tel que la Martinique organise une contre-soirée, un bal-masqué-ohé-ohé également très réussi... Une fois le pognon des dernières consos encaissé et en dépit de la fatigue du barman Yves J., qui dut réparer les dégâts commis par José Bové et ses amis du carré V.I.P., un after est organisé à la Réunion : on attend avec impatience de voir ce qu’il va donner ! 2009, année exotique !


         Pour autant, il serait injuste de penser que seuls les ultramarins bénéficient d’une jeunesse qui s’amuse... Les métropolitains ne sont pas en reste, comme vient le démontrer un exemple très récent. Le 10 mars dernier, une vingtaine de jeunes hommes ayant acquis le goût du happening que les Caviardeux officiels ont su leur faire partager depuis la prime enfance – que Jack Novlang en soit éternellement remercié par la génération Touche-pas-à-ma-pute – une vingtaine de bardes des temps modernes, donc, a déboulé avec cagoules et barres de fer pour interpréter une version alternative, pour ne pas dire progressiste, du « Temps des cerises » sur d’étranges percussions : lycéens et enseignants de l’établissement Jean-Baptiste Clément ont goûté de la musique sérielle, en pleine gueule, étant instantanément transformés en œuvres-d’art... Les veinards !

Ce type de concert improvisé est évidemment appelé à se développer, l’éducation culturelle de nos bambins ayant été confiée à des professionnels compétents qui ont compris, avant le populo dubitatif qui a toujours un tramway de retard, que l’illettrisme n’était pas exclusif de l’expression artistique. Les établissements scolaires ont une vocation naturelle à devenir de magnifiques MJC où, entre deux louanges slamées au poète urbain Didier Morville, nos chères têtes blondes[4] se livreront à des joutes parfois oratoires et toujours musclées, pour que s’épanouisse le civisme de leurs poings, dans un esprit républicain, laïc et démocratique. Et tant pis pour les grincheux réactionnaires qui voient dans l’Education Nationale un grand corps malade... Le lycée Jean-Baptiste Clément ressemble à s’y méprendre à un établissement-test, un centre-témoin. Quelle exquise esquisse ! Quel bouillonnant brouillon ! Pourvu qu’ils transforment l’essai ! Tous les espoirs sont a fortiori autorisés, puisque le Kommissaire Hirsch, Emmaüs-costaud de service, nous promet un « livre vert[5] pour la politique de la jeunesse »... 


Non, vraiment, que les soixante-huitards embourgeoisés se rassurent : une nouvelle génération, à son tour, est prête à refuser compromis et concessions pour exulter à chaque instant ; vos trente glorieuses sont leurs trente piteuses ; vous pouvez enfin vous retirer, la relève est assurée : croulez, vieillesse ! roulez, jeunesse ! ...et vice versa !



[1] Et si c’était ça, la « rupture tranquille » ?

[2] Ou encore appelé « Tonton-ma-croûte » par son dermato

[3] L’on s’étonne encore, d’ailleurs, qu’au sujet du pauvre Jacques Bino, Charlie-Hebdo n’ait pas titré « Bal tragique à Pointe-à-Pitre : un mort »

[4] Et brunes, et rousses, et châtain-clair, et chauves précise la HALDE

[5] On échappe ainsi au sempiternel « livre blanc » : la venue de Kadhafi en 2007 n’aura donc pas été totalement vaine.

Par Maxime Gauthier - Publié dans : Humeur et bavardages
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 23 février 2007 5 23 /02 /Fév /2007 11:37
Phénomène massif depuis l’extrême fin des années 90, la déferlante des gauches s’abat sur le sous-continent. Lula da Silva au Brésil, Kirchner en Argentine, Chavez au Venezuela, Evo Moralès en Bolivie, Vazquez en Uruguay, Bachelet au Chili … Cependant, si la vague est massive, elle n’est ni globale, ni unitaire.

 

Sur le premier pan de la cordillère, " l’axe bolivarien " mené par Chavez. Fidèle héritier de la dictature castriste, se mouvant dans la surenchère populiste et mégalo, le Président vénézuélien est devenu en quelques années le fer de lance de l’antiaméricanisme au sud du canal, ponctuant son dernier mandat de visites de courtoisie en Iran, en Biélorussie ou en Russie afin d’y apporter son soutien et remplir son panier à munitions. Dans son sillage, le président bolivien, Evo Moralès, avec qui la communauté de vues est évidente, a réussi là où le sous-commandant Marcos a échoué au Mexique : redonner le pouvoir aux indigènes et mener une politique antilibérale consistant principalement en des renationalisations des secteurs énergétiques au gré de spoliations de propriétés privées justifiées par les spoliations antérieures du peuple lui-même. Manque de chance pour le panaméricanisme, les capitaux privés détenant jusqu’alors l’exploitation du gaz en Bolivie ne provenaient pas tous de l’oncle Sam. C’est ainsi que se sont consumées les relations entre " l’axe bolivarien " révolutionnaire et ses voisins argentins et brésiliens dont les grandes compagnies d’exploitations de ressources énergétiques comme Pétrobras ont vu leurs contrats modifiés unilatéralement et raccompagnées à la porte avec le qualificatif d’entreprises " contrebandières ".

 

Sur l’autre pan, celui du consensus, non plus de, mais d’avec Washington, figurent : l’Uruguay, le Brésil et le Chili, tous à le tête de coalitions de centre gauche à tendance régulatrices. Quel lien peut-être fait entre Chavez et Bachelet ? Aucun, si ce n’est qu’ils sont tous deux issus de franges de la population longtemps écartées du pouvoir. L’un est un militaire d’origine modeste, l’autre, n’en déplaise aux éléphants de la Terre de Feu, est une femme. Si Michèle Bachelet est traditionnellement classée dans les rangs d’une sociale démocratie libérale bon chic, bon genre, elle se trouve à la tête d’un des Etats figurant parmi les plus prospères du sous-continent. La nouvelle présidente s’est également fait remarquer par une série de réformes audacieuses et progressistes en matière sociale dans un pays fortement marqué par le catholicisme romain (90 % de la population) où le divorce n’existe que depuis deux ans.

 

La récente défaite de Lopez Obrador au Mexique le 2 juillet dernier, le ballottage imprévu de Lula au Brésil poussé au second tour dans la tourmente du scandale de corruption auquel doit faire face le Parti des Travailleurs, marqueront ils la fin de la déferlante des gauches en Amérique du Sud ? Les élections présidentielles au Nicaragua et en Equateur en novembre, ainsi qu’au Venezuela en décembre prochain viendront nous indiquer si le vent tourne ou si le rose et rouge tiennent encore la dragée haute sur le sous-continent.

Jean-Luc , Novembre 2006

 

 



Addendum au 28 janvier 2007 :

 

 

 

 

 

depuis lors, la vague se confirme avec les réélections de Lula et de Chavez au Brésil et au Vénézuela, le retour au pouvoir de Daniel Ortega au Nicaragua, dirigeant du FSLN (Front Sandiniste de Libération Nationale) et membre de l’Internationale Socialiste, ainsi qu’avec la victoire de Rafael Correa en Equateur, fondateur du parti Alianza PAIS (Patria Altiva i Soberana), partisan d’un retour de l’Etat dans le secteur de l’énergie et opposé à la politique de libre échange des Etats-Unis en Amérique du Sud.

Par Dimitri MELSENFELD - Publié dans : international
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 20 février 2007 2 20 /02 /Fév /2007 09:38

BON PLAN

CONCERT : VINCENT DELERM A L’OLYMPIA DU 30 MAI AU 1ER JUIN (REPRISE)

Si vous aimez les euphorisants et voulez muscler vos zygomatiques…

A tous ceux qui aiment Delerm, nous n’apprendrons rien, ils ont déjà probablement réservé leurs places. Mais les autres, ceux qui ont un a priori défavorable, ceux qui ont du mal avec ses albums studio, ceux qui trouvent ses musiques chiantes ou qui sont horripilés par le " name-dropping ", doivent franchir le pas et aller voir Vincent Delerm sur scène (à l’Olympia pour une reprise du spectacle de décembre 2006 à la Cigale).

En effet, une soirée en la compagnie de ce charmant garçon dans une salle de concert vaut tous les antidépresseurs du monde : Delerm, on ne le répétera jamais assez, est irrésistiblement drôle ! Juste milieu entre Woody Allen et Edouard Baer, il nous offre des apartés décalés et hilarants entre deux chansons – qui par ailleurs bénéficient d’orchestrations soignées, avec des musiciens très pros – et veille à des petits détails de mise en scène sympathiques en diable. Ajoutez à cela une complicité totale avec son public, un réel don de comédien et des textes " chouettes " comme il aime à le dire, et vous verrez vos a priori voler en éclats : non Vincent Delerm n’est pas un " bobo ", bien au contraire il passe son temps à les fustiger…

Vous sortirez heureux, mieux : euphoriques… Et vous vous ruerez dès le lendemain chez votre disquaire pour acquérir " Les piqûres d’araignée ", son dernier album aux mélodies très soignées, aux arrangements presque lounge, et aux influences diverses (Gainsbourg, Daho, Sheller, Berger…), réalisé par le très doué Peter Van Poehl.




MAUVAIS PLAN

THEATRE : " DON(A) JUAN(A) " D’APRES MOLIERE, THEATRE DU LIERRE

Si vous avez envie de vous ennuyer au point de payer pour ça…

" Dona Juana "… Rien que le titre du spectacle nous faisait frémir… Il était accompagné, sur le web, d’une notice explicative par laquelle Patrick Verschueren affichait ses ambitions : transcender le mythe de Don Juan, le sublimer dans une vision post-féministe de l’œuvre, et inverser les sexes… Bref, le " metteur en scène " excellait dans le registre de la prétention, n’ayant d’égale que la nullité du résultat !

Outre des scènes de sado-partouze en ombres chinoises (d’un ringard désarmant), des acteurs au jeu caricatural voire faux, et une complaisance envers l’amateurisme de l’ensemble, Patrick V. ne nous épargne pas le couplet de l’interactivité avec le public, les rares spectateurs ne s’étant pas enfuis se voyant gratifiés d’un débat, après la représentation, où le " metteur en scène " laisse libre cours à son autosatisfaction : non content de nous avoir emmerdé deux heures durant avec ses fantasmes relevant plus du reliquat de puberté que de l’érotisme artistique (on aura compris que dans le mot culture, seule la première syllabe a un sens pour lui), Verschueren tient à nous expliquer le pourquoi du comment de sa couillonnade… et rallonger le tout d’une bonne demi-heure ! Résultat : ceux qui se sont assoupis sont réveillés par les rires de ceux qui tendent encore l’oreille.

Pour mémoire, on rappellera à ce prétendu novateur que, parmi d’autres, Roger Vadim avait déjà eu l’idée de transposer le mythe en faisant de Brigitte Bardot sa " Don Juan 73 "…

Un exercice de style raté, donc, typique d’une certaine dérive vieille d’un demi-siècle consistant à voir une mise en scène audacieuse là où des guignols en jarretelles ne font que chier dans un seau en prenant l’air inspiré ; un spectacle à soumettre à tous ceux qui veulent faire du théâtre pour leur montrer ce que l’Art Dramatique n’est pas…

 

 

 

Maxime GAUTHIER, LE LIBRE PLURIEL N°1, février 2007

Par Maxime GAUTHIER - Publié dans : Quand j'entends le mot CULTURE
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 29 janvier 2007 1 29 /01 /Jan /2007 00:49

Le soleil brille dans le noir,

Et montre la Vie pure,

Fleurs au parfum d'espoir,

Car même le jour est obscur !

 

Lumière de toutes les blessures,

Homme de tous les Lendemains,

Elle, ferme la plaie des cultures,

Lui, pense parce qu'il a des mains ! ...

 

 

Foued BESSAOU, LE LIBRE PLURIEL, février 2007

Par Foued Bessaou - Publié dans : Méditations
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 19 janvier 2007 5 19 /01 /Jan /2007 01:04
Dussions-nous subir les foudres de feu Paul Fort dont nous pastichons un titre fameux, l’on ne peut s’empêcher de sourire en constatant dans la bouche et sous la plume tant de politiciens que de journalistes, bref d’animaux médiatiques, cette jubilatoire tendance à accrocher préfixes et suffixes aux mots pour feindre la création de nouveaux concepts ; la chose n’est certes pas inédite, mais elle connaît un développement considérable qui n’a d’égal que la croissante escroquerie intellectuelle consistant à vider certains mots de leur sens premier pour ne leur conférer qu’une connotation péjorative (le populisme, par exemple, qui dans son acception primaire renvoie à la défense des intérêts du Peuple, mais que l’on se complait à confondre avec la démagogie ou même parfois avec le césarisme).

 

 

L’ARCHE DE NÉO

Chacun se souvient de cette merveilleuse Une du Nouvel Observateur, l’an dernier, sur les "néo-réacs", reprenant ainsi l’expression chère à l’impayable Daniel Lindenberg qui, en grand redresseur des torts intellectuels, en gardien vigilant du temple du Politiquement Correct, avait "balancé", dans une liste noire qui taisait son nom, les intellectuels, philosophes ou écrivains coupables de revendiquer une libre pensée perçue par ce pleutre moustachu comme dangereuse en ce qu’elle ressemblait un peu trop à un "Rappel à l’Ordre".

 

Des néo-réacs, donc.


Mais si, vous savez bien ! Par ce néologisme composé, l’Intelligentsia journalistique parisienne entend viser ces hommes plutôt de gauche qui furent un jour d’honorables penseurs mais dont le destin est désormais d'être voués aux gémonies pour avoir franchi le Rubicon du discours "réactionnaire". Déjà, ce mot de "réactionnaire", nec plus ultra pour décrédibiliser un ennemi, est devenu un terme galvaudé. Car enfin, à la source, qu’est-ce qu’un réactionnaire si ce n’est quelqu’un qui réagit, qui oppose des réactions ? Dans ce sens-ci, être réac n’a rien d’insultant, on pourrait même s’enorgueillir d'un tel qualificatif, retenu comme contre-modèle aux moutons de Panurge qui hurlent avec les loups - et dont les jours sont donc comptés si l’on en croit la fable de La Fontaine… Mais il semble qu’il ait fallu exagérer le ton péjoratif d’une citation du Très Saint Karl Marx ("les réactionnaires cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’Histoire") et expurger le mot de son sens premier, pour n’en tirer qu’un quolibet teinté de maréchalisme. Car soyons clairs : dans le langage courant, un réac est un vieux con, donc un danger potentiel, peut-être nazi, sans doute fasciste, comme tous les vieux, comme tous les cons.

 

Alors quoi, comme si cela ne suffisait pas, il faut encore l’affubler d’un "néo", ce pauvre mot ? Les nouveaux réactionnaires ? Qu’ont-ils de nouveau ? Pas grand-chose dans le discours, en réalité… C’est plus aux yeux d’intellectuels restés "purs" et de journalistes mimant (singeant ?) la naïveté, que ces réactionnaires sont neufs, car ils furent, jadis, leurs amis. Pour la plupart, ils ont "fait" 68 ou en ont goûté les fruits sans complexe dans les années 70 – et en critiquent certes plus ou moins les conséquences, a posteriori. Ils sont issus des rangs du trotskisme, du communisme, du maoïsme, ou plus modestement d’une culture collective française ayant intégré (in)consciemment le marxisme. Et pourtant, ils sont devenus des vieux cons !

En chef de file du mouvement, on nous propose Alain Finkielkraut, philosophe, professeur à Polytechnique, et qui n’a pas demandé tant de (dis)grâces ; ce passionnant passionné d’Hannah Arendt est sans cesse caricaturé comme un avatar juif de Le Pen, ou on ne sait encore quelle ineptie - résumons : un réacsioniste - parce qu’il a osé sortir des sentiers battus, comme l’avaient fait ses illustres prédécesseurs, Paul Valéry ou Marcel Aymé pour ne citer qu’eux ; comme eux, il a cette acuité dans le regard, cette faculté d’observer son siècle avec lucidité (souvent) et inquiétude (parfois). Entendons-nous bien : certains esprits chagrins, coincés, engoncés dans un prêt-à-penser lénifiant, peuvent éventuellement avoir trouvé choquante l’interview qu’il donna l’an dernier au journal israélien Haaretz (il s’est d’ailleurs excusé de ses propos sur l'équipe "Black-black-black" du sieur Domenech), entretien journalistique qui s'intègrerait parfaitement dans le logiciel rhétorique d’un intellectuel réactionnaire ; mais ne nous y trompons pas : Finkielkraut était catalogué "néo-réac" bien avant cet entretien au final moins violent que certaines des réactions qu’il a engendrées. Non, ce n’est décidément pas dans son actualité récente qu’il faut chercher les causes de la mise au pilori du Professeur Alain F.

Au détour d’une critique, on comprend ce qui dérange chez Finkielkraut : sa propension à ne pas badigeonner ses pages de peinture rose bonbon ; il est l'homme à abattre parce qu’il refuse l’optimisme gratuit. Dans une société tellement désespérée qu’elle veut imposer à tous ses membres l’Espoir comme valeur obligatoire, un type qui écrit "imbécillité des pessimistes, ils noircissent l’avenir quand c’est le présent qui est sinistré" n’a pas sa place dans la Cour des gens bien comme il faut.

 

Et aux côtés de Finkielkraut, sont mis à l’index par Fouquier-Tinvillindenberg des personnalités aussi diverses que : 
- le pourtant parfois démagogue Marcel Gauchet, inventeur de la fameuse " fracture sociale " dont se servit un candidat mangeur de pommes pour devenir le Président Chirac,
- le sympathique Michel Houellebecq, romancier cynique et obsédé sexuel, mal vu du fait de ses propos sur l’Islam en 2001,
- le souvent pertinent Pierre-André Taguieff, passionnant politologue (non ce n'est pas un oxymore, grâce à lui !), grand spécialiste de l’antisémitisme, rangé dans le camp des méchants parce qu’il a pointé du doigt les diverses origines de la judéophobie 
- ou encore le très regretté Philippe Muray, provocateur de génie, à qui il est encore reproché, post-mortem, de s'être sincèrement, et vigoureusement, et talentueusement, opposé à la Majorité Vert-Rose de la Ville de Paris.

Tous ont affirmé leur soif de liberté, tous ont été affublés du doux sobriquet de "néo-réactionnaire". Et l’on commence à comprendre l’usage du "néo" : le problème n'est pas que la gauche caviar diabolise des personnes situées à droite, le problème vient de ce que cette même gauche caviar diabolise des personnalités également situées à gauche mais qui ne rentrent pas dans le moule idéologique, ce "prêt-a-penser" consensuel dont je parlais, que les caviardeux officiels et autres apparatchiks indétrônables ont instauré ; Lindenberg a d’ailleurs judicieusement remarqué – une fois n’est pas coutume – que la plupart des "néo-réactionnaires" avaient voté Chevènement en 2002, candidat indéniablement de gauche mais qui n’avait pas honte de parler de patrie, de souveraineté, de République une et indivisible. Socialiste et national. National et socialiste. Un type infréquentable, donc...

Mais tâchons de ne point nous égarer et revenons à nos chers préfixes : ils peuvent avoir leur utilité (par exemple, le terme de néoconservateur pour les vrais-Faucons américains se justifie sémantiquement), hélas trop souvent on dissimule, derrière leur emploi, ou bien un mensonge quant à une présumée évolution de telle ou telle doctrine (ainsi, quand on s’intéresse un peu aux néonazis, on s’aperçoit rapidement qu’ils sont beaucoup plus nazis que néo), ou bien une absence d’idées, ou bien encore l’on masque derrière une nouvelle combinaison de mots un état de fait que l’on n’ose assumer. Pas étonnant, de ce fait, que les frères Wachowski aient baptisé le personnage central des Matrix "Néo", eux qui ne jurent - cinématographiquement parlant - que par l’esbroufe et la débauche d’effets spéciaux nouveaux pour cacher la minceur de la trame scénaristique, vague resucée new age de Lewis Carroll et des Evangiles…

 

LE POIDS DES " ALTER "

Il est de coutume (pour combien de temps encore ?) d’opposer gauche et droite, notamment sur le sujet de la conception d’un ordre supranational : à gauche l’Internationale, à droite la Mondialisation. Mais ne faut-il pas poser la question différemment ? On obtiendrait alors une opposition bien plus pertinente, entre les mondialistes (de gauche comme de droite) et les nationalistes/souverainistes (mouvement intellectuel au sein duquel l’extrême-droite n'occupe pas un monopole comme certaines crevures engluées dans leur malhonnêteté intellectuelle voudraient le faire croire, qui n'auraient qu'à relire Max Gallo pour se convaincre de leur erreur).

C’est d’ailleurs cette césure-là qui a poussé la gauche de la gauche à créer le mot " altermondialiste " : littéralement, cela signifie "nous sommes pour une autre mondialisation mais pour une mondialisation quand même". C’est la rencontre, au 21ème siècle, de deux grandes causes qui firent les beaux jours de la fin du 20ème : la révolution bourgeoise et le mouvement des non-alignés. On les appelait gauchistes, tiers-mondistes, les voici altermondialistes prônant quelques jolies choses telles que le commerce équitable. Et le bidonnant bedonnant moustachu José Bové de copiner avec le beau barbu pas barbant Tarik Ramadan au Forum Social Européen… Au final, ces "alternatifs" devraient très bien s’entendre avec les mondialistes "néolibéraux" : ceux-là s’occuperont du commerce tandis que ceux-ci se chargeront d’équité et d’éthique, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des Mondes (le fanfaron Michel-Edouard Leclerc ne surfe-t-il pas sur cette vague altermondialiste, avec des affiches à référence soixante-huitarde et la distribution par son enseigne de produits de la coopérative "commerce éthiquable" ?)

Altermondialisme ? Le succès médiatique semble être au rendez-vous ; il n’en faut pas beaucoup plus à l'inépuisable cerveau du Professeur Jean-Claude Martinez, fiscaliste, député européen, conseiller de Hassan II et Jean-Marie Le Pen, admirateur de Castro, Chavez et Reagan (quelle souplesse !), pour proposer au vieux leader du FN de rebaptiser son parti " Front AlterNational "… toutefois, le Professeur Martinez devrait prendre garde car ici, il semblerait que la transformation linguistique et sémantique ne se fît pas aussi rapidement que dans le camp adverse ; les mentalités ne seraient pas prêtes, par peur de voir une virée à gauche d’un discours nationaliste altéré.

 

TOUCHE PAS A MA PUTE !

Lorsque ce sont les suffixes qui s’y mettent, on s’enfonce alors un peu plus dans le conflit larvé et l’appauvrissement des idées : ainsi, tout le monde, chaque "communauté", chaque citoyen, est la cible de "xxxxx-phobie" ou "d’anti-xxxxx": homophobes, islamophobes, gérontophobes, antiblancs, négrophobes (ou "antiblacks" ou encore "antinoirs"), j’en passe et des meilleurphobes, qui devront "nécessairement" faire l’objet d’une loi – du moins pour les plus vendeurs, "bankables" diraient les capitalistes (on notera d'ailleurs que la "-phobie" renvoie moins, de nos jours, à la peur qu'à la haine). Et tous de dénoncer qui l’antisémitisme, qui la xénophobie, et d’assimiler les luttes pour les droits des "gays" (vocable ignoble s'il en est) et des femmes à la lutte contre le racisme, de telle sorte que plus personne ne s’y retrouve, à commencer probablement par les racistes eux-mêmes qui ne savent plus où donner de la tête (skin head) ; quant aux associations de défense des "victimes" de ces xxxx-phobies (ou organisations représentatives), il en naît tous les jours, en sus des déjà nombreuses boutiques existant : Mrap, Licra, LDH, Crif, UEJF, UOIF, Cran… Vivement la LDNJ (Ligue pour la Dignité des Nains de Jardin) et le CRUFS (Conseil Représentatif des Unijambistes Franco-Suédois) !

Ce n’est d’ailleurs pas plus mal, puisque la concurrence, rude, a permis à des officines telles que l'omniprésent SOS Racisme d’opérer un semblant de recentrage et modérer un tantinet leur(s) propos. Face à certains mouvements aussi inutilement extrémistes que contestataires, l’association créée par le ventripotent fronceur de sourcils Julien Dray est presque parvenue (presque seulement, hélas) à gommer le gauchisme agressif de ses origines et son côté "donneur de leçons" très lassant ; qu’il s’agisse du volontaire voire sympathique Malek Boutih, ou même de l'agaçant Dominique Sopo (qui, aussi insupportable soit-il, a plutôt habilement géré "l’affaire des caricatures" et a critiqué récemment à Cachan les associations d’extrême-gauche poussant les illégaux à refuser toute proposition de relogement, associations qu’il a qualifiées - non sans pertinence - de "nouveaux négriers"), cette évolution de "SOS Racisme" devrait logiquement permettre aujourd’hui à des dirigeants peut-être plus compétents (quoique...), de proposer le dialogue et de réfléchir aux causes du racisme plutôt que d’employer des armes similaires à celles de l’ennemi - comme le faisait notamment le vociférant Fodé Sylla, depuis recasé au Conseil Economique et Social, véritable pépinière de génies incompris s’étant fait virer de partout.

La généralisation des mots à suffixes semble ainsi suivre l’évolution de la société, et de ses maux. Mais cet emploi de suffixes et préfixes tend à effacer, à rayer de notre vocabulaire déjà bien appauvri, des termes préexistants tout à fait appropriés à la description des situations en jeu : ainsi, les sympathiques misogynes chantés par Brassens (le sage avait raison, il y a les emmerdantes, les emmerdeuses et les emmerderesses) se voient désormais refuser le droit à la truculence et à la provocation rigolarde (pour s'en convaincre, il suffit de se remémorer les réactions hystériques suscitées par les "saillies" d'Alain Soral ou d'Eric Zemmour), et ne tarderont pas à subir une requalification en "féminophobes", grâce à l’action d’associations diverses et variées, des plus courageuses (ces filles qui ne sont Ni putes ni soumises mais coincées le cul entre deux chaises, position qui se révèle peu confortable voire casse-gueule, Fadela Amara n'ayant pas la corpulence d'une Roselyne Bachelot) aux plus gonflantes (Les chiennes de garde et autres connes castratrices sur la défensive aboyant en meute dans un réflexe pavlovien)…

 

AUTANT EN EMPORTE LE LEVANT…

Toutes les combinaisons sont possibles, les opinions peuvent diverger : ainsi tel Club de réflexion sera regardé comme néo-maçonnique à droite et comme crypto-fasciste à gauche. D’autres encore tenteront des constructions audacieuses, complexes et tout à fait vaines : les nostalgiques modérés se verront attribuer la qualité d’alter-anti-néos ; la confusion n’est pas loin...

Pis encore, elle se mêle parfois d’homonymie : ainsi les sinophobes critiquent les tendances cynophages donc cynophobes des chinois mangeurs de chiens ; allez raconter cela à un étranger apprenant notre langue : comment lui expliquer qu’un sinophobe anticynophobe se cantonne au Cantonnais et n’attaque pas forcément le nippon au napalm ? Faut-il avouer que, derrière toutes ces allitérations et assonances, favorisées par le jeu des néologismes, il n’y a rien d’autre que le plaisir de jongler avec les mots ? Il est à parier que l’étranger , agacé par toutes ces transformations linguistiques, répondra avec humour "ça suffixe !".

Au final, le phénomène néologistique n’est pas grave en soi : inventer des mots en ajoutant préfixes et suffixes sur la base d’un radical peut ressembler aux gammes du pianiste, voire à l’art de l’appoggiature du compositeur ; l’usage du mot-valise peut même se révéler tout à fait réjouissant : Philippe Muray, encore lui, nous en a offerts de jolis avec un mélange irremplaçable d’humour pertinent et de dérision provocatrice – on citera ses célèbres Artistocrates (i.e. artistes officiels, soutenus par les politiciens et vice versa, qui comme sous l’Ancien Régime semblent occuper une charge). A propos de Lindenberg, Muray aurait parlé de "maton de Panurge", expression qui renvoyait aux individus qui, par tous les moyens, tentent de faire taire les voix qui s'opposent au consensus que l’on veut politiquement correct.


Néanmoins, tout cela devient problématique dès que le sérieux pointe le bout de son nez, que la Grande Vérité, la Grande Cause, ou l’Idéologie prennent tous ces mots en otage… Inutile de se gargariser de tant de fausse nouveauté ou de fausse alternative ! Ou, encore une fois, l’on risquera d'y perdre son latin…

 

Maxime GAUTHIER, LE LIBRE PLURIEL N°1, février 2007

Par Maxime GAUTHIER - Publié dans : Humeur et bavardages
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus